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Mon père et… Moi!

Mon père n’a jamais été mon héros, mais il a toujours été là, présent et aimant pour nous, ses enfants.  Il n’était ni le plus fort, ni le plus drôle, il ne faisait pas la meilleure pizza, mais on pouvait toujours compter sur lui, particulièrement dans les moments de crises. 

Doux et calme, quand j’étais petite, c’est derrière lui que je me cachaits quand une chicane de couple arrivait et que les assiettes volaient autour de nous.  Le samedi matin, c’est ensemble que nous pleurions en regardant Le petit castor et Candy.  

Adolescente, je voyais mon père un week-end sur deux et c’était la fête, on allait au cinéma, on mangeait du maïs soufflé et du fast-food (il ne savait pas vraiment cuisiner autre chose que du pâté chinois et des oeufs), on n’avait pas vraiment d’horaire ni d’obligation.

Plus grande, alors que j’étais à l’université, j’allais dîner  avec lui au centre-ville et je revenais souvent avec une passe de transport payée et un peu d’argent pour m’aider à payer mon matériel d’art et mes fournitures scolaires.  J’aimais nos rencontres, j’avais l’impression d’être importante pour lui et j’aimais lui raconter ma vie d’étudiante.

Jeune adulte, alors que je parcourais la terre d’un projet de stage à un autre de coopération, c’est lui qui s’occupait de ma paperasse, mes comptes étaient toujours à jour et il si j’avais besoin d’un conseil rationnel, c’est vers lui que je me tournais.  Il était un comptable des plus stéréotypés, des bas bruns à son inventaire de conserves de son armoire enlignées par ordre alphabétique.

Jeune maman, quand la ronde des hospitalisations, des thérapies et des r.v. avec de grands spécialistes a commencé, il est devenu mon chauffeur privé, m’accompagnant à l’hôpital et aux centres de réadaptation, poussant poussette et enfants alors que j’en avais pleine les bras.

Adulte dans la fleur de l’âge, je suis maintenant confrontée, un peu plus à chaque jour, à l’homme qu’il n’est plus et je vais de deuil en deuil… Il me reste un grand malade de plus en plus fragile qui, bien que pris en charge par un CHSLD, a besoin de moi. 

Audrey-Kim et mon père qui ronronne…

Depuis trois semaines, je fais venir une massothérapeute pour lui et alors qu’il souffre dans ce corps qui meure une cellule à la fois, je vois dans ses beaux yeux turquoises (j’aurais tellement aimé avoir ses yeux) reconnaissance, soulagement et bonheur.  Il me tient la main pendant tout le traitement et moi, je pleure doucement, pendant tout le traitement.

Hier, alors que nous avions un rendez-vous à l’extérieur, lui, si fier, a accepté de s’asseoir dans un fauteuil-roulant et en sortant de la salle de bain, j’ai remarqué qu’il avait eu un accident.  Parfois, je dois le retenir dans mes bras, comme un jeune enfant, parce qu’il ne comprend qu’il ne doit pas rentrer dans les bureaux ou traverser la rue sans regarder.

Ce matin, il m’attend et moi, je repousse au plus loin l’heure de mon départ parce que je souffre trop de le voir ainsi et que je m’ennuie de mon père, que j’aurais besoin de pouvoir encore compter sur lui, de pleurer sur son épaule, de dîner avec lui en jasant de tout et de rien. En ne pensant surtout pas à demain…

MAJ:  écrire ce matin m’a fait du bien, je réalise qu’il y avait plein de fautes et je m’en excuse…  Merci pour votre support, ce fut plus facile aujourd’hui!

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