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Diversité corporelle: l’histoire de Marc-Olivier

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En quoi le sujet de la diversité corporelle est-il important pour vous?

En fait, ce qui m’a touché particulièrement dans la demande c’est la question de la diversité corporelle pour les hommes. Alors attention : je ne dis pas que la situation est pire pour les hommes que pour les femmes (vraiment pas!), mais je suis étonné de constater à quels points la question du rapport au corps est devenue centrale pour les hommes et à quel point elle reste tabou.

Alors si j’ai une occasion d’en parler j’en profite! 

Pour ne rien manquer de notre projet, recherchez le hashtag #30couleurs ou cliquez ici ! 

Quelle était votre relation avec votre corps pendant l’adolescence? Au début de votre vie de jeune adulte? Maintenant?

Je dirais que mon rapport avec mon corps était une question que je me posais peu ouvertement.

J’ai toujours dit à tout le monde que je m’en foutais, que je ne me définissais pas à partir de mon corps. Le corps a longtemps été une partie de moi à laquelle je pensais peu… du moins c’est ce que je croyais.

Mais quand j’y repense aujourd’hui je vois que cette… « indifférence » était principalement une façon de me protéger. En réalité, je voyais plein de défauts à mon corps : pas assez de muscle, trop de poils, des asymétries, etc.   Mais je préférais dire que ça n’avait pas d’importance plutôt que de vraiment regarder mes insécurités en face.

Et là je parle de moi, mais je trouve que ça parle beaucoup de la réalité de la majorité des hommes de ma génération (c’est mon humble avis) : être pris entre la réalité de nos insécurités et le manque d’espace pour en parler.

Je me permets de croire que même si mon adolescence est assez récente les choses ont changé. Mais je ne sais pas dans quel sens. J’ai l’impression que la pression envers le corps a augmentée, mais j’ai aussi l’impression que la notion de la diversité corporelle commence à se développer pour les hommes (faiblement) et que l’espace de discussion augmente. Je n’arrive pas à évaluer si c’est plus facile aujourd’hui ou pas. Ce que je sais, c’est qu’on a un grand travail à faire en tant que société pour améliorer le rapport au corps des hommes.

Attention, je parle ici des hommes, car c’est mon expérience, mais je ne veux absolument pas nier les difficultés que les femmes ont à vivre sur ce sujet. En fait, je dirais même que je suis plutôt admiratif : il y a eu une réaction chez les femmes que j’ai peu vue chez les hommes : où sont les groupes de « Big beautifull men » ou sont les groupes de soutiens pour hommes anorexiques ou boulimiques, ou est la question de la pression corporelle de l’homme dans le débat public? Pourquoi ne sommes-nous que 5 hommes à parler dans 30 couleurs? 😉

Je pense qu’on a beaucoup de chemin à faire… et je suis content de participer à ce beau projet pour y réfléchir tous ensemble.

 

Diversité corporelle: l'histoire de Marc-Olivier #30couleurs

Diversité corporelle: l’histoire de Marc-Olivier #30couleurs

Pis bon pour ceux qui me trouvent un peu négatif dans ce texte, j’ai développé un excellent rapport avec mon corps. Je ne l’estime pas parfait, mais avec le temps (et sans doute beaucoup de confrontation avec la souffrance humaine) j’ai appris à être honnêtement chaque jour reconnaissant pour tout ce que mon corps me permet de vivre, de faire. Avec le temps j’ai appris à réellement l’aimer.

En fait, je vais même vous révéler ce qui m’a vraiment fait changer d’avis là-dedans même si je ne le souhaite à personne.

Je travaillais à Madagascar, pour être plus précis je travaillais aux urgences pédiatriques. Et après avoir donné mes gants en latex à un chirurgien qui était en pénurie de gants je me suis retrouvé en contact avec le sang d’un enfant. Cet enfant avait une mère séropositive.

J’ai évidemment fait un test de contrôle et on m’a révélé que j’avais le VIH sida.

J’ai su une semaine plus tard que c’était un faux positif et que j’étais négatif.

Je vous jure que ce genre d’expérience remet profondément en question sur ce qu’on attend de notre corps. Je m’en foutais de toutes mes insécurités, de toutes mes remises en question… Mon corps fonctionnait… j’étais fondamentalement chanceux… plus chanceux qu’une grande partie de la population… Ce jour-là je le réalisais. Ça a profondément changé mon rapport à mon corps. 

Quelle partie de votre corps préférez-vous et pourquoi?

Mes mains. Pourtant j’ai de toutes petites mains avec des poils partout et qui sont super maladroite.

Mais justement, ce qui rend une main belle ce n’est pas sa beauté esthétique… c’est son touché, son contact. Quand une main te touche… te réconforte, t’enlace, te supporte, t’excite… à aucun moment, tu ne penses à l’apparence de la main.

Et j’aime ça : me dire qu’une partie de mon corps n’est pas jugée sur son apparence, mais sur ce qu’elle arrive à transmettre de mes émotions. 

Pourquoi avoir choisi cette photo, qu’est-ce qu’elle représente pour vous?

Je fais une conférence sur un sujet qui me passionne (Myelin). À ce moment je vous assure que je me fiche complètement de savoir si les gens me trouvent beau ou pas.

J’ai un message à faire passer, des convictions à transmettre. C’est dans ces moments que je m’aime le plus. 

Qu’aimeriez-vous dire à la personne de votre choix (vous ado, à un enfant, un adulte signifiant, un passant, etc.)?

Je vais (déjà) sonner comme un vieux fou, mais prend juste une journée pour voir tout ce que ton corps fait pour toi, regarde les gens malades, les souffrants. Réalise que TOI, pour une raison inconnue, tu as tiré le jackpot : un corps à 99.9 % fonctionnel. Tu es un parmi des milliers! Ne te centre pas sur les 0,1 % ».

Marc-Olivier Schule, doctorant en psychoéducation et coprésident de Myelin.

Et vous, quelle est votre histoire? 

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