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Merci vendredi et le suicide…

J’ai essayé de choisir un titre différent, plus sympa, plus léger, mais c’était trop long… Alors, voilà, en ce vendredi où l’on exprime notre gratitude, je vais vous parler de moi, d’une période difficile, d’un sujet tabou, soit le suicide…

Je sais que j’aborde un sujet délicat et des plus intimes, que mon blog est public, que tout le monde peut venir y lire mes billets. Je ne pense pas que je dois avoir honte et même qu’au contraire, c’est important d’en parler pour faire tomber les préjugés et encourager à aller chercher de l’aide.

Donc, il y a 2 ans, après un congé de maladie suite à deux petites opérations, je me suis royalement effondrée alors que je pensais ressortir de cette convalescence en pleine forme. Depuis les 9 mois de ma fille, soit lors de sa première crise d’épilepsie, je vivais sur le stress, sans vraiment dormir, toujours aux aguets. J’avais eu une 2e grossesse difficile, dont trois semaines à l’hôpital où ma fille avait failli mourir alors moi-même enceinte de 33 semaines de mon fils. J’étais en pleine démarche pour obtenir des services pour les handicaps de ma fille , en panne totale d’énergie et découragée par tous les deuils à venir.
J’ai commencé à rêver du vide, du néant, à souhaiter mettre le bouton à « OFF ». Puis, j’ai arrêté de trouver des solutions, j’ai perdu mon sourire et ma joie de vivre et je souhaitais que seulement tout s’arrête. J’avais le nez dans la vase, tout au fond du lac… Sans vraiment m’en rendre compte, j’ai commencé à faire mentalement l’inventaire de tous les médicaments de la maisonnée, me disant qu’avec ceux que je prenais déjà, plus ceux de Fillette pour l’épilepsie et tous les autres que la maman anxieuse avait pour les « au cas où » plus les bouteilles d’alcool oubliées (Mezcal, Téquila, Vodka, etc…), j’avais de quoi me faire un cocktail puissant. Quand j’étais seule en voiture et que je passais près des murs de bétons ou sous les viaducs, je me posais des questions en me demandait ce que ça ferait d’arrêter de souffrir…
Vous avez compris que je n’allais vraiment pas bien. Mais moi, j’étais tellement déconnectée que j’en n’étais pas encore tout à fait consciente. Puis, un matin, je regardais la télévision quand un invité, porte-parole de la semaine de la prévention du suicide, a commencé à parler du sujet et j’ai reçu une phrase comme un gros coup de poing, une douche froide, une décharge électrique. En gros, elle disait que les parents qui partent ainsi ne doivent pas oublier quel terrible héritage ils laissent à leur enfant.
Moi qui aimait tellement mes deux petits, c’est la dernière chose que je voulais leur offrir et c’est ce qui fut ma première motivation à demander et accepter de l’aide. J’avais un suivi avec une travailleuse sociale du CLSC avec qui j’en ai parlé, mais même avec une demande urgente, je ne pouvais avoir de services avant plusieurs mois. J’ai pensé me rendre à l’hôpital ou demander à mon conjoint de m’y amener, mais je manquais de courage et j’étais pleine de honte et de secrets.
J’ai finalement eu la chance de rencontrer une personne merveilleuse et pas à pas, de la vase du fond du lac, je me suis tranquillement libérée pour remonter lentement vers la surface, vers la lumière… J’ai passé un contrat verbal avec deux amies très proches pour pouvoir leur demander de l’aide en situation de crise, elles sont devenues mes « filets de sécurité » et j’avoue qu’elles ont pris leurs rôles très au sérieux. Si je suis encore ici pour vous partager des petites pages de ma vie, c’est un peu grâce à elles. Et mon chum. Et mes enfants. Et ma famille. Et mes amis.
Depuis un an, je suis remontée à la surface et j’approche de plus en plus de plusieurs rivages. Je ne touche plus le fond du lac et j’aperçois différentes îles… Je ne suis plus désespérée. Parfois, j’avale une grosse tasse, je tousse, je coule un peu, mais je me calme, je me laisse porter par les flots et après une petite pause, je continue d’avancer. J’ai retrouvé le goût de vivre.
Alors, en ce vendredi tout spécial, j’aimerais exprimer ma gratitude et ma reconnaissances à toutes ces personnes grâce à qui je suis encore en vie. Merci.

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