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Quand l’amour blesse, encore #MoiAussi

Quand l'amour blesse #MoiAussi #MeToo

Dans la foulée de la campagne sur les médias sociaux #MoiAussi, ou encore #MeToo, où les gens dénoncent les inconduites sexuelles dont ils ont été victimes, j’ai une amie qui a écrit ce texte et n’osait le publier, je lui ai offert de le faire pour elle parce que je crois que son histoire est importante, que plusieurs peuvent se reconnaître, que chaque petit pas compte, qu’au nom de l’amour, on ne devrait jamais accepter aucune violence. 

« Moi aussi…

J’ai hésité longtemps avant d’écrire ce texte. Je l’ai retourné plusieurs fois dans ma tête. J’ai commencé plusieurs fois, puis je l’ai effacé avant de recommencer. Je l’ai modifié souvent. Même des années après les faits, je suis incapable d’y apposer mon nom. Mais j’ai voulu l’écrire pour toutes ces filles et ces femmes (et certains hommes aussi, je sais) qui, un jour ou l’autre, vont se retrouver dans une relation malsaine. Parce que parfois, ce sont les personnes qu’on aime le plus qui nous font le plus de mal.

Nous allions à l’école secondaire ensemble. Il était beau, sexy, drôle. Ses yeux… il me regardait avec une telle intensité! Il me donnait l’impression d’être la 8e merveille du monde. J’étais complètement folle de lui.

Le parfait amour

Un jour, on s’est retrouvés seuls, lui et moi, explorant nos corps, allant de plus en plus loin jusqu’à ne faire qu’un. Je le désirais de tout mon cœur et de tout mon corps. C’était la première fois pour moi, pour lui aussi. C’était beau et bon. Je me trouvais chanceuse de n’avoir ressenti ni stress ni douleur, contrairement à certaines de mes copines. Je me disais que j’étais tombée sur le bon gars. Nous filions le parfait amour. Mais ça n’a pas duré.

Aux yeux de tous

Aux yeux de tous, nous étions un petit couple parfait. Mais ce n’était pas le cas. Pas tout le temps, du moins. Avec le temps, il est devenu de plus en plus jaloux, possessif et contrôlant. Il ne supportait pas que d’autres garçons me parlent ou me regardent. Il ne voyait pas ce qui était pourtant évident pour tout le monde, soit que je n’avais d’yeux que pour lui. Il critiquait souvent mon habillement. J’ai fini par laisser tomber mes cours de danse, parce que mon costume et mes collants laissaient paraître mes formes et qu’il n’aimait pas ça. Je me suis aussi éloignée de mes amies parce qu’il jugeait qu’elles empiétaient sur « son » temps.

Il n’était pas seulement jaloux des autres, il était aussi jaloux de moi. Si j’avais de meilleures notes que lui à l’école, c’était parce que je faisais les yeux doux aux profs, selon lui…

« Sa performance »

Au lit, il était notamment très préoccupé par sa « performance ». Il devenait mécontent si je ne montrais pas assez de plaisir à son goût. Je ressentais de la pression. J’ai fini par feindre l’orgasme la plupart du temps. Je me sentais inadéquate. Je me demandais si je n’étais pas un peu frigide. Je pensais que c’était moi, le problème.

Un jour, après une relation sexuelle, je n’avais pas dû être assez convaincante puisqu’il a insisté pour recommencer. Pour moi, pour mon plaisir, disait-il! En fait, ce n’était pas tellement mon plaisir qui le préoccupait, mais son ego, je pense.

J’ai dit non

J’ai dit non, j’ai évoqué toutes sortes de raisons pour lui échapper, mais il les a toutes balayées du revers de la main et a continué d’insister. Et là, je sentais qu’il commençait à perdre patience, alors j’ai cédé. Mais je n’allais pas feindre quoique ce soit cette fois. J’allais lui faire comprendre qu’il ne gagnait rien à insister comme ça. J’ai pensé naïvement qu’en restant étendue là à rien faire, il réaliserait le ridicule de la situation et qu’il arrêterait. Mais il n’a jamais arrêté.

Je regardais le plafond et je me demandais pourquoi il continuait. Comment se faisait-il qu’il ne se rendait pas compte de mon immobilité? En fait, il en était bien conscient. Je l’ai compris quand il m’a repoussée avec frustration. Il était en colère, à cause de mon manque de participation justement… Mais ça ne l’avait pas empêché d’aller jusqu’au bout.

Le comble de l’absurde

Le comble de l’absurde, c’est que j’ai fini par m’excuser de mon manque d’enthousiasme. Je l’aimais, j’avais peur de le perdre. Lui, est-ce qu’il s’est excusé de son comportement ce jour-là? Jamais.

Je sais que certains d’entre vous vont me juger, parce que j’ai écrit que je l’aimais et que j’avais peur de le perdre. Vous pensez : « Comment pouvait-elle l’aimer encore? Dans le fond, elle ne devait pas souffrir tant que ça… » J’aimerais avoir une réponse logique à vous offrir. Je n’en ai pas. J’ai juste honte.

Il m’étouffait

J’ai fini par le quitter plus tard, à la suite d’une énième dispute dont j’ai oublié le motif depuis longtemps. J’avais finalement compris qu’il ne pouvait pas me rendre heureuse, qu’il m’étouffait. Mais ce jour-là, où il m’a prise sans aucune considération, je ne l’ai pas oublié, même si j’aurais bien aimé.

Des années plus tard, je me demande encore quels mots je dois mettre sur cette « expérience ». Il ne m’a pas frappée ni menacée et pour être totalement honnête je n’ai pas eu peur qu’il le fasse non plus. J’ai fini par céder, je l’ai laissé faire, je ne me suis pas débattue, j’ai même fini par m’excuser…

Une vraie agression?

Je me dis que ça ne correspond pas vraiment à la définition de « vraie agression » que je vois passer un peu partout sur Facebook ces jours-ci. Pourtant, ça m’a fait mal, vraiment. Et il y a une chose que je sais, c’est qu’un garçon qui aime une fille ne devrait pas la traiter de cette manière. Que lorsqu’on veut donner du plaisir à une fille, on ne lui tord pas le bras jusqu’à ce qu’elle cède. Que dans l’expression «relation sexuelle», il y a le mot relation, ce qui implique la participation des deux partenaires.

Je me dis que ça ne correspond pas vraiment à la définition de « vraie agression » que je vois passer un peu partout sur Facebook ces jours-ci

Je sais qu’en lisant mon récit, certains d’entre vous vont penser que j’étais un peu niaiseuse, que vous, vous auriez réagi différemment. Si ça vous arrive, je vous souhaite d’y parvenir, vraiment. Croyez-moi, j’aurais vraiment préféré réagir autrement. Mais quand on est pris dans une telle situation, on ne réagit pas toujours de la façon souhaitable ou même de manière logique. Si mon histoire permet à une personne d’ouvrir les yeux et de sortir de sa relation malsaine, je ne l’aurai pas racontée en vain.

À toi, la fille qui lit mon texte

À toi, la fille qui lit mon texte et qui se reconnaît dans mes mots, je veux juste te dire que tu mérites mieux que ça. Et que ce n’est pas toi, le problème, c’est lui. Quitte-le, même si ça te brise le cœur. Tu vas trouver l’amour ailleurs, je te le promets.

Et pour toi, que j’ai beaucoup aimé et qui m’as profondément blessée, je veux te dire que je sais que tu n’es pas un monstre, au fond. Je pense que tu étais seulement un adolescent qui manquait beaucoup de confiance en lui et dont les comportements m’ont fait énormément de mal. J’espère que tu en as pris conscience. Et si jamais tu veux m’offrir des excuses sincères, tu sais où me trouver. Je pense que ça me ferait du bien de les entendre, même après toutes ces années. »

– Une victime

 

N’oubliez pas, vous n’êtes pas seul(e), il existe plusieurs ressources:

  1. Agressions Sexuelles: cette ligne sans frais est accessible 24 heures par jour, 7 jours par semaine, partout au Québec. Pour de l’écoute et des références, composez le 1 888 933-9007 ou le 514 933-9007 pour la région de Montréal 
  2. CDÉACF: Lignes d’aide, ressources, groupes, organismes, actions, documentations, etc.

 

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