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L’autisme: les couleurs de Lucila et de Luka #30couleurs

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L'autisme, la couleur de Lucila Julie Philippon - mamanbooh
Lucila Guerrero et son fils Luka – crédit photo Lucila Guerrero



Les couleurs de l’autisme est une initiative pour faire connaître et briller les différentes couleurs, toutes uniques, de l’autisme, pendant le mois d’avril. Après l’histoire de Maëlle et d’Édouard, d’Antoine et de Poulet, voici celle de Lucila Guerrero, d’origine péruvienne, ainsi que celle de son fils, Luka, tous les deux autistes.

Le flou d’où je viens

Je suis née au Pérou. Ma
vie, entre la rentrée à l’école et devenir une analyste-programmeuse et une
femme mariée, s’est déroulée à Piura, une ville sur la côte nord, près de
l’Équateur.
Enfant « modèle« ,
très calme, très silencieuse, très bonnes notes, sans créer du trouble.
Quelques pleurs forts à la maison, parfois, bien que je ne m’en souvienne pas
beaucoup. C’est à l’adolescence que je me suis rendu compte de ma différence
par rapport aux autres filles de mon âge. Je me sentais seule et je ne savais
pas qui responsabiliser. Je me suis dit: « ça doit être de ma faute, alors il
serait mieux si n’existais pas
« .

J’ai pensé beaucoup à cela

J’ai pensé beaucoup à cela.
Beaucoup. À ce qui est irrémédiable.
Anorexie et dépression
suivies d’un désir désordonné d’indépendance ou de mort sont arrivées. En même
temps, mon entrée dans le monde universitaire, ma première relation de couple
avec une personne qui se montrait adorable pour exercer après sa violence
verbale et physique, en privé et publique. Cette relation a duré plusieurs
années qu’heureusement se terminent avant le pire : un mariage avec lui.

J’ai été exploité plusieurs
fois

J’ai trébuché çà et là, en
cherchant à être aimée, être comme les autres, être acceptée, un endroit où je
cadrerais bien. J’ai vécu d’autres formes de violence, harcèlement et
humiliation comme femme. Une époque difficile jusqu’à la rencontre avec une
personne qui riait avec moi de mes différences. Nous rions tellement que nous
nous sommes mariés pour continuer à rire toute la vie.
Dans la même époque, je travaillais
et j’étais informaticienne. J’aimais mon travail jusqu’au point de pouvoir
travailler sans rémunérations. Je le disais oui à tout le monde même à mes
chefs. Devinez quoi ? Oui, j’ai été exploité plusieurs fois.

Nous avons commencé à zéro

En 2001, mon mari et moi
avons décidé de quitter notre pays et de nous installer à Montréal, au Canada.
Nous avons commencé à zéro. J’avais confiance en l’avenir, avec lui tout était
bien, tout était facile, j’avais juste à le suivre, me laisser aller et
continuer à rire.
Tout à coup, la nature a
fait son œuvre en moi en me faisant devenir maman. Et moi qui ne pensais jamais
à la maternité ni aux enfants. Moi, qui étais la plus indifférente, je suis
devenue la plus heureuse des mères quand j’ai eu mon bébé dans les bras.

Seule avec mon fils

Mon fils était ma priorité.
Ce n’était pas bien perçu. Surtout qu’il avait besoin de beaucoup d’attention
et que ma vie a changé. Les gens qui se sentent importants quand ils offrent
des conseils gratuits me faisaient savoir leurs commentaires : «fais
ceci, ne fais pas cela
».  Je n’ai
pas écouté. Mon mari ne riait plus et il est parti. Je suis restée seule. Sans
ami proche. Seule avec mon fils. Dans ma solitude, j’ai découvert que j’avais des
capacités. Ma passion pour l’art était de retour, encore présente.  

Seule avec mon inspiration. Seule sans être
jugée. Le pas suivant était de sortir dans le monde une autre fois, mais cette
fois-ci avec attention, en choisissant chaque personne qui rentrerait dans ma
vie. Seulement le positif. Ce n’était pas facile. J’ai pleuré. Je n’ai pas dormi.
Cela m’a fait mal. Mais les transformations font mal. C’est le prix. C’est
ainsi que j’ai pu continuer à grandir.

L'autisme: la couleur de Lucila #30couleurs , Julie Philippon - mamanbooh

Nous sommes autismes

Entre 2008 et 2010, j’ai
découvert que nous sommes autistes. Mon fils et moi. 
Tout avait commencé quand
mon fils, à l’âge de 2 ans et demi, a voulu qu’on l’appelle «Tren Azul»
(Train bleu) au lieu de son vrai prénom. Ce changement a duré 20 mois. Je
n’avais jamais noté quelque chose d’inquiétant en lui parce que je trouvais
qu’il me ressemblait.
Je me suis dit que c’était tout simplement sa personnalité. Pour être certaine,
je suis allée consulter et après une période de rencontres avec des
spécialistes, j’ai reçu la confirmation : Asperger.
Une époque intense à faire
de l’introspection pour mieux me connaitre.
J’ai compris que je suis une
personne belle intérieurement, telle que je suis. Que j’ai des qualités. Des
valeurs. Que j’ai le droit à vivre d’accord à ma façon naturelle d’être. J’ai
commencé à voir les horreurs qu’on peut commettre en essayant de normaliser les
gens. J’ai pleuré de voir autant d’injustice et les humiliations contre d’autres
personnes comme moi.
Alors je suis devenue
sensible et engagée avec la cause du respect de la diversité humaine.
Maintenant, je suis une artiste
professionnelle. Je suis aussi l’auteure de « Lundi, je vais être Luka ». Je donne des conférences et je suis
l’initiatrice de divers projets pour proposer des réflexions sur la
neurodiversité, sur la condition autistique et sur la fierté d’être la personne
que nous sommes.

Pour la reconnaissance positive
de l’autisme

Je suis cofondatrice d’Aut’creatifs,
un mouvement de personnes autistes pour notre reconnaissance positive. Je
m’implique pour l’éducation comme cofondatrice de la Coalition de parents
d’enfants à besoins particuliers du Québec. Je collabore avec d’autres
organismes en art et autisme. «Aimer dans l’imbroglio», mon dernier projet est
une exploration de l’amour, dans toutes les formes, manifestations et gestes,
chez les personnes autistes.
Ma vie est loin d’être rose.
Il y a de malentendus, tristesses, incompréhension. Je dois batailler contre le
système non inclusif. Je dois batailler pour moi et les autres. Je dois
respirer fort devant chaque porte qui se ferme devant moi et me dire que peut
être la prochaine s’ouvrira. Je veux aider à construire un chemin pour que la
vie de mon fils et de tous les autistes soit moins difficile que la mienne. Et
c’est justement ce qui donne un sens à ma vie. Finalement. Après m’avoir autant
questionnée sur le sens de vivre.

«Si tu ne t’aimes pas,
personne ne va t’aimer»

Une personne positive,
trouvée dans mon chemin m’a dit un jour : «si tu ne t’aimes pas, personne ne va
t’aimer
». Elle avait raison. Pour être aimée, j’ai dû m’aimer avant et
m’accepter comme je suis. Maintenant, je ne suis pas seule. Et je suis en paix.
Par mon implication, j’essaye de contribuer à ouvrir le chemin pour nos enfants
et les générations futures. Je remercie la générosité de tous ceux qui dans la
mesure de leurs possibilités peuvent donner et aider. 
Je vous invite à visiter mes
liens et être en contact avec moi.
Lucila Guerrero, auteure et artiste

Découvrez  Lucila Guerrero en visitant son site web et ses pages Facebook, LucilaGuerreroArtisteAutcreatifsProjetaimer

Et vous, quelle est votre couleur?

  • Pour suivre Lucila Guerrero, visitez son site www.lucilaguerrero.com
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  • Pour nous contacter, nous proposer un texte ou encore toute autre demande, écrivez-nous à: 30couleursdelautisme@gmail.com
  • Nous remercions Valérie Bouchard, de Minimo motivation ludique pour le logo.
CatherineNadia et Julie, cofondatrices

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