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Naître et mourir sur Facebook

Depuis
que je suis sur Facebook, j’ai vu nombre
d’histoires d’amour se faire et se défaire, j’ai suivi plusieurs grossesses,
des tests positifs aux premiers pas, j’ai appris aussi les maladies des uns,
les départs trop rapides des autres, les grosses peines comme les grandes
joies, les premières maisons, etc.

Naître et mourir sur Facebook par Julie Philippon- Mamanbooh, blogueuse
Une photo prise lors de ma dernière visite à mon père – crédit photo Julie Philippon

Accouchements, décès, avis de
rechercher, appels à tous, etc.

Il y a
deux ans, alors que le père d’une amie était en train de vivre ses dernières
heures, j’avais partagé un avis de recherche pour retrouver sa soeur absente
depuis plusieurs années. Mon statut avait été rapidement partagé plus de 200
fois, j’avais été surprise par cette solidarité d’inconnus envers d’autres
inconnus.
Malheureusement,
nous n’avions pas réussi à réunir ces deux personnes à temps, mais je gardais
de cette expérience un sentiment d’espoir, un bel exemple de bonté humaine. Et
depuis, je remarque régulièrement cette même forme de solidarité pour
la
disparition de la belle-mère d’un ami, l’adolescent d’une autre ou encore les
animaux de compagnie de certains.
Dernièrement,
j’ai même eu la chance de suivre l’accouchement d’une amie, ayant l’impression
de rentrer dans cette intimité feutrée, me sentant privilégiée d’apprendre
plein de petits détails comme si j’y étais.
Ce
n’était pas du voyeurisme, j’étais vraiment de tout coeur avec elle, même si
plusieurs kilomètres nous séparaient, je me sentais proche et solidaire. Sans
internet et les réseaux sociaux, je n’aurais jamais pu vivre ces beaux moments pleins
d’émotions et supporter ainsi mon amie pendant son travail et surtout depuis
son
retour
à la maison.

Seule proche aidante, mais si
bien entourée dans les épreuves

Quand
nous avons appris que mon père avait une maudite maladie dégénérative grave (SLA)
il y a 4 ans, je commencé à en parlé sur mes blogues et mes différents médias
sociaux : de semaine en semaine, la maladie était de plus en plus présente, ses
muscles mouraient un à la fois.
Seule proche aidante, j’ai souvent trouvé cette tâche trop lourde, je me suis
indignée ouvertement sur le manque de support et de reconnaissance des
différents paliers du gouvernement, etc. J’ai documenté avec des photos et des
témoignages les derniers mois de la vie de mon père. J’ai partagé cette épreuve
avec ceux qui me suivaient au jour le jour.
Lorsque
j’ai reçu un appel du CHSLD m’annonçant la mort de mon père, je suis restée
silencieuse quelques heures le temps de réaliser vraiment ce qui se passait et
ne souhaitant pas que mon frère qui demeure à plus de 12 heures de route l’apprenne
ainsi.
Mais,
quand, une vingtaine d’heures plus tard, j’ai partagé la triste nouvelle sur ma
page personnelle Facebook et je ne pensais jamais recevoir autant de marques de
sympathie, de messages personnels et d’encouragement.

Facebook ne remplacera pas les
vrais contacts humains, mais…

On
dénonce souvent les comportements des gens sur les réseaux sociaux, le fait
qu’ils y passent trop de temps, qu’ils partagent trop de détails de leurs vies
intimes, que les rapports y sont superficiels, que certains disent vraiment
n’importe quoi, etc.
Et bien
moi, je vous le dis, sans tout ce support, je ne sais pas comment j’aurais fait
pour passer au travers toutes ces étapes difficiles des dernières années. Je
suis la plupart du temps seule dans ma maison isolée sur un rand de campagne,
mais en même temps si entourée.
Ces
échanges virtuels ne remplaceront jamais de ”vraies rencontres”, de grosses
accolades ou d’authentiques poignées de main, mais ils ont de plus en plus de
place dans nos vies et ils font tomber, peu à peu, les frontières tant
géographiques, sociales et qu’économiques. Ils sont parfois le seul contact accessible à tous, juste ça, c’est très précieux, non?
Naître
et mourir ne sera plus jamais pareil à l’ère des médias sociaux, tant pour les
grands et puissants de ce monde que les gens ordinaires comme vous et moi. Nous
ne serons plus jamais seuls.

Quelle
place occupent les réseaux sociaux dans votre vie ? Pourquoi ? Avez-vous déjà
senti cette solidarité virtuelle ? Je vous le souhaite.

*abonnée
par ma belle-mère, en 2009, avant, j’avais bien trop peur de Big Brother !

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