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Nostalgie de mon premier…





Depuis quelques semaines, ma vie est très mouvementée, mais à chaque matin, quand je prépare le café ou le petit déjeuner, je m’arrête devant mon lavabo de cuisine et surtout la fenêtre qui le surplombe et là, le temps s’arrête…
Devant moi, un tableau s’anime, peu importe la saison, l’immense haie de cèdres offre un écran vert devant lequel oiseaux (de toutes les couleurs), écureuils, lapins (et oui, ils mangent même la base de mes clématites et le dessus de mes bleuetiers), marmottes (les coquines!), ratons-laveurs (toute une famille!), chats et parfois même les chiens de mes voisins s’amusent, font leurs toilettes, se font dorer la couenne ou le plein de graines.
À chaque saison, les couleurs, les lumières et les formes changent. En fait, c’est toujours un paysage différent qui s’offre à moi, j’y entre et le temps s’arrête. J’en oublie de mettre de l’eau dans ma cafetière, c’est peu dire! J’aime le désordre organisé qui y règne, les lignes et les textures qui s’y mélangent, la variété des essences et des plantes. Depuis 7 ans, je modèle avec peu de talent et de moyen, mais beaucoup de passion et d’intuition, ma cour arrière.
En fait, c’est l’endroit que je préfère ici… Et je suis triste de réaliser que bientôt, ça ne sera plus chez moi. Ma cuisine est minuscule, ma cour pas beaucoup plus grande, le tout est cahin-caha, mais j’y suis bien. J’y ai vécu de beaux moments, les premiers pas de mes enfants, des rencontres mémorables, des anniversaires pour une armée de gémeaux, des soupers d’homards, des B.B.Q, des fêtes d’enfants improvisés, des bains de minuit, des courses aux insectes, la chasse aux verres blancs s, des soirées à refaire le monde et mille autres souvenirs.
À chaque matin, en jetant le marc de café, j’ai peur de m’ennuyer de mon jardin secret. D’oublier toutes ces heures à jouer les mains dans la terre, à nourrir les oiseaux, à partager ma passion avec mon fils, à faire des gâteaux de sable avec ma fille, à déguster un bon verre de vin avec mon homme, à m’allonger pour lire au soleil dans ma chaise. J’ai peur de regretter mon premier nid, mon premier cocon.
Papabooh ne me comprend pas. En fait, il rit même un peu de moi. Il ne voit que les cèdres mal taillés à cause des fils électriques, le cabanon tristounet et la magie n’a aucune emprise sur lui. Surtout que je quitte cette fenêtre pour une beaucoup plus grande qui donnera sur un enclos, puis un deuxième, un pré et enfin une forêt et que des chevaux y vivent. C’est vrai que la vue sera spectaculaire, les couleurs aussi belles et les lumières toutes aussi riches sinon plus…
Mais, quand je ferai couler l’eau pour préparer mon premier café, est-ce que je serai nostalgique? Est-ce que je vais m’ennuyer de mon premier jardin? De mes p’tits oiseaux, de ma lavande, de notre lilas japonais planté lors de la naissance de ma fille, de mon pommier, de toutes ces petits choses, ces petits riens, qui ont fait mon bonheur?
En fait, j‘ai un secret, j’ai peur…
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Peur de ce changement, même s’il
nous apportera que du bien.
Que du bon.

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